—Parce qu'il ne te manque jamais rien: tu vis comme un coq en pâte.

Ils avaient raison tous les deux. Grand-père n'élevait aucune réclamation, mais on s'ingéniait à prévenir ses moindres voeux. Ainsi ne formula-t-il aucune plainte contre les vents coulis qui assiégeaient la tour: le lendemain de son installation, on calfeutrait soigneusement la porte et les fenêtres.

La mauvaise humeur de tante Dine exprimait tout haut le sentiment général. Cet exode imprévu, que rien ne motivait, assombrissait mon père et ma mère qui en cherchaient vainement la raison:

—Pourquoi se loger si haut?

Et grand-père d'expliquer avec son mauvais petit rire:

—L'altitude m'a toujours réussi.

J'avoue que, dans cette circonstance, je tenais le parti de grand- père. La chambre de la tour avec ses quatre horizons, son isolement, son odeur spéciale —on ne l'ouvrait que pour y chercher les pommes qui pendant tout l'hiver y mûrissaient —exerçait dès longtemps sur moi un attrait irrésistible. Puisqu'elle était habitée désormais, je me proposai de lui rendre des visites.

Cet épisode fut bientôt éclipsé par un autre, beaucoup plus grave et qui devait frapper davantage encore mon imagination. A mon retour du collège un matin, je fus avisé par mon informateur habituel, tante Dine, que cette fois c'était définitif. Elle me donnait cette nouvelle en grand mystère, mais le mystère même, chez elle, se manifestait bruyamment. Le mot définitif prenait sur ses lèvres une importance formidable. Qu'est-ce qui était définitif?

—L'acte est signé. Tout à l'heure. Je suis bien contente.

Quel acte? Je n'y comprenais goutte.