A la suite de cette rencontre, grand-père m'emmena sur un coteau boisé où nous n'étions jamais allés, et qu'il m'avait représenté comme dénué d'agrément lorsque j'y voyais un but de promenade. Il fallait traverser une rivière avant d'en atteindre la base. Pendant la marche, il s'absorba en lui-même et ne m'adressa pas la parole. Au sommet, il s'orienta et se dirigea tout droit vers un pavillon à l'écart, proche une maison de ferme et dissimulé dans une clairière.

—C'est là, dit-il.

Je comprenais qu'il ne s'adressait pas à moi. Ce pavillon à un étage me parut dans un piteux état. Le toit manquait d'ardoise, une galerie circulaire pourrissait. On avait dû l'abandonner depuis longtemps. Grand-père se réjouit de cet aspect délabré et inhabitable, ce qui m'eût davantage étonné s'il ne m'avait pas accoutumé à ses bizarreries.

—Tant mieux, murmura-t-il: il n'y a personne.

Et, revenant vers la ferme, il avisa un vieillard qui se chauffait au soleil, sur un banc, et qui puisait avec une cuiller de bois dans un pot de soupe. Il engagea avec lui une interminable conversation qui m'ennuya et qui aboutit à un petit interrogatoire sur le pavillon.

—C'est bon à brûler, déclara le paysan.

—Autrefois, insinua grand-père, il y avait du monde.

—Autrefois, il y a bien des années.

Grand père eut l'air d'hésiter à continuer l'entretien, puis il reprit :

—Oui, il y a bien des années. Mais vous et moi, nous ne sommes pas de ce matin. Et dites-moi, vous ne vous souvenez pas d'une dame?