—Dure, moi?
Elle prononça presque à mi-voix ces deux mots, estimant inutile toute réplique, et révoltée intérieurement d'une telle injustice.
—Oui, reprit-il, je ne comprenais pas encore qu'il convient d'être fier dans le malheur. Je vous maudissais, mais j'avais le coeur brisé. Et je vous accusais, au lieu d'avouer la misère de mes doutes, de mes craintes, et mon souci mesquin de l'opinion. J'ai bien changé, je vous le jure. Maintenant je vous admire, je vous vénère, je vous adore. Si. Ne dites rien: laissez-moi achever. J'ai essayé de vous oublier. Mes parents ont voulu me marier ailleurs, m'établir, comme ils disent. Je n'ai pas pu. Je n'aime, je ne puis aimer que vous.
—Je vous en prie, monsieur.
—Le peu de bien que je puis faire, c'est vous qui en êtes la cause. Petit à petit, je m'élèverai jusqu'à vous. Les hommes comme moi, tous les hommes sont flottants entre le bien et le mal, entre le dévouement et l'égoïsme. Ils ne réfléchissent pas, ils sont entraînés par toute la médiocrité de la vie.
Mais il suffit parfois d'un élan pour qu'ils se dépassent. Votre amour m'a donné cet élan, Marguerite.
Il s'arrêta, attendant un mot d'espoir. Elle baissait les yeux, et le voile qu'elle ne retenait plus retombait sur l'épaule, projetait un peu d'ombre sur l'un des côtés du visage. Il murmura comme une prière:
—Marguerite, rendez-moi votre parole. Acceptez de devenir ma femme… Je vous aime. Pour toute votre douleur, je vous aime davantage.
Il la vit toute frissonnante, mais sans hésiter elle répondit:
—C'est impossible. Ne me demandez pas cela.