Il eut un sanglot déchirant.
—Raymond, dit-elle tremblante. Je vous en prie, ne parlez pas ainsi.
—Je ne vous accuse pas. C'est moi le coupable. Et votre bonheur m'est plus cher que le mien.
—Raymond, écoutez-moi.
Vaincu, l'âme défaillante, il s'était laissé choir brusquement sur un fauteuil, et se cachant la tête dans les mains, il ne craignait pas, en pleurant, de donner le spectacle de sa faiblesse. D'un geste rapide, elle ôta sa coiffure, comme une garde-malade se libère de vêtements inutiles pour mieux remplir ses fonctions, et lui prenant les mains, elle les écarta d'autorité.
—Regardez-moi.
Elle commandait, non pas impérieusement à la façon de son père, mais avec une persuasive douceur. Elle ne se contraignait plus, elle ne se tenait plus sur la défensive, elle venait à lui en toute simplicité. Machinalement il subit son ascendant et lui obéit. Sitôt qu'il l'eut regardée, en effet, il cessa de se plaindre. La jeune fille était transfigurée. Le regard extatique semblait illuminer sa pâleur. Elle resplendissait d'une expression surhumaine, l'expression de ceux qui, au delà des agitations et des passions, mouvant témoignage de notre vie, ont rencontré la paix. Elle portait, vivante, la sérénité que l'on voit au visage des morts qui se sont endormis dans le Seigneur. Il n'y avait plus trace de douleur sur ses joues exsangues, dans ses yeux meurtris, mais un calme profond, inaltérable, presque effrayant.
—Marguerite, qu'avez-vous? implora-t-il avec angoisse, comme on arrête d'un cri son compagnon qui court à l'abîme.
Elle répéta:
—Raymond, écoutez-moi. Oui, j'en aime un autre…