Et ils lui adressèrent leurs condoléances, l'un cordialement et avec émotion, l'autre en termes banals.
—Oui, répondit leur hôte, en les arrêtant d'un geste. Il ne me reste plus qu'un fils. Celui-là je le sauverai, je veux le sauver. Et voici ce que j'ai décidé.
Ce dernier conseil devait précisément être tenu entre les trois avocats afin d'arrêter d'une façon définitive le plan de la défense. Et voici que l'avis d'un seul prévalait à l'avance, sans consultation.
—Ah! s'exclama le bâtonnier que subjuguaient tant de confiance et de fermeté.
—Décidé? répéta d'un air de doute M. Bastard, partagé entre le respect du deuil et le sentiment de son importance.
Tranquillement, de sa voix rajeunie, M. Roquevillard dévoila sans retard en deux mots sa pensée:
—Vous m'assisterez tous les deux. C'est moi qui plaiderai.
—Vous!
—Vous!
L'étonnement et l'irritation se traduisaient dans ces deux exclamations. M. Hamel fixa sur son vieux compagnon d'armes le regard de ses yeux décolorés où la flamme de vie ne jetait plus qu'une tremblante lueur si pure encore, tandis que l'avocat d'assises, supportant malaisément un congé qui le privait d'une affaire sensationnelle et d'une plaidoirie retentissante, oubliait les circonstances de la cause et les malheurs de la race provisoirement vaincue pour ne plus songer qu'au succès personnel qui lui était brutalement arraché.