M. Roquevillard parlait en maître courtois, mais qui sait commander.
—Oui, moi. Je réclamerai mon fils si énergiquement qu'on me le rendra. On ne refuse pas un fils à son père.
Ayant ainsi dicté, comme des ordres, ses dispositions de combat, il s'efforça aussitôt de ramener ses alliés par un peu de diplomatie, car il savait plier sa manière impérieuse à l'art de conduire les hommes. Comme il était certain, de l'assistance du bâtonnier, il tourna spécialement ses efforts contre M. Bastard qui lui échappait:
—Vous serez là tous deux. Je compte sur vous. Si je demande,
Bastard, à vous remplacer, ce n'est point que je compare mon
talent au vôtre.
Mais il est des choses que, par un douloureux privilège, seul je
puis expliquer aux jurés.
—Quelles choses?
—C'est mon secret. Vous l'apprendrez demain. Je crois pouvoir, sans prononcer le nom de Mme Frasne, les convaincre de l'innocence de mon fils.
—Par la suppression du préjudice?
—Non, directement.
—Je ne comprends pas.
—Vous entendrez. Cependant, si vous surprenez dans ma voix ou ma parole une défaillance, si ma plaidoirie vous donne à craindre un échec, je me fie entièrement à votre grande habitude des assises, à votre merveilleuse présence d'esprit. Ces visages de juges sont pour vous un livre ouvert. Vous connaissez le dossier aussi bien, mieux que moi. Vous étiez prêt. Vous me suppléerez. Ainsi appuyé, je me sentirai fort. Vous le voulez bien?