—Oui, cest cela, résuma dun mot M. Coulanges assombri: ces
Roquevillard ont toujours eu de la chance.

IX

LA FORCE DE VIVRE

La bonne volonté du président des assises hâtait les formalités de la libération. Tandis que la foule, ayant évacué la salle, se massait devant le Palais de Justice, sur la place, pour guetter la sortie de laccusé et de son défenseur afin de les acclamer avec dautant plus denthousiasme quelle éprouvait à leur endroit de tardifs remords, M. Roquevillard attendait son fils dans la cour intérieure. Il était seul, car il avait prié Charles Marcellaz de reconduire M. Hamel. La lutte finie, il sentait la fatigue et lusure, et il sabsorbait dans ses méditations. Une voix timide lappela:

—Père,

—Cest toi?

Au lieu de se jeter dans les bras lun de lautre, simplement, ils demeuraient immobiles, comme figés. Un premier geste manqué suffit quelquefois à créer des séparations, des obstacles. Le père lisait sur le visage du fils ladmiration, la reconnaissance, la piété filiale; le fils lisait sur le visage du père lamour, la bonté, et aussi les poignants stigmates de la lassitude et de lâge. Et ils se taisaient douloureusement, invinciblement.

Au dehors, des vivats retentirent.

—Viens! dit brusquement M. Roquevillard.

Et il entraîna Maurice vers la porte qui, de lautre côté de la cour, donnait sur un jardin public, heureusement désert. Dun pas rapide ils le traversèrent, franchirent la passerelle de fer jetée sur la Leysse qui roulait des eaux bourbeuses, et gagnèrent le cimetière sans avoir échangé une parole.