—Que fais-tu, petite? Je gage que tu commandes ton trousseau à quelque grand magasin.

—Père, vous n'y êtes pas du tout.

—Tu annonces à tes amies de pension la nouvelle de tes fiançailles?

—Pas davantage.

—Alors tu rappelles à ton fiancé qu'il dîne ce soir ici.

—Ce n'est pas la peine.

Elle lui tendit le cahier dont elle se servait. Il reconnut le livre de famille. Comme il était d'usage autrefois, les Roquevillard tenaient un de ces livres de raison où nos aïeux notaient, à côté de l'administration du patrimoine, les faits importants de la vie privée, tels que mariages, décès, naissances, honneurs, charges, contrats, et qui, évoquant le passé avec la majesté d'un testament, enseignent la confiance dans l'avenir à celui qui s'inspire de ses pères et se promet d'être leur digne descendant.

—Je le mets à jour, ajouta la jeune fille. Le retour de Maurice et la décoration d'Hubert n'avaient pas encore été inscrits.

M. Roquevillard feuilleta, non sans orgueil, le volume qui attestait la patiente énergie de sa race.

—Qui le tiendra après toi, Marguerite?