—Parle. Il le faut. Parle donc.
Surprise, décontenancée, elle le regarda presque avec frayeur. Ce grand jeune homme de vingt-cinq ans, si doux, si adoré, qu'elle croyait tenir en sa possession, voici qu'il se transformait brusquement en maître. Elle n'avait donc pas exploré tous les recoins de ce coeur qui lui appartenait. Instinctivement, pour protéger leur amour, elle livra le moins de vérité possible.
—Ma dot, Maurice? Elle est bien à moi, ma dot.
—D'où vient-elle? Ce n'était donc pas de tes parents? Ah! je devine. C'est lui, n'est-ce pas, qui te l'a constituée dans ton contrat de mariage? Réponds.
Elle essaya de lui tenir tête:
—Oui, c'est lui qui me l'a donnée. Et après? elle est à moi.
Plus épouvanté qu'elle encore, il contint sa colère à cause des passants, mais lui imposa un interrogatoire.
—Non, malheureuse, elle n'est pas à toi. Je connais ces contrats. C'était une donation pour le cas où tu survivrais à ton mari: c'était cela, j'en suis sûr. Rappelle-toi et prends garde.
Elle tendait tout son être vers les paroles menaçantes qui tombaient des lèvres trop chères, des minces lèvres rouges. Il ne s'agissait plus, pour elle, de convertir son amant en complice, d'obtenir de lui ce suprême gage d'amour, seulement de sauver cet amour. Elle n'avait à sa disposition que les caresses de sa voix dont elle savait qu'il subissait l'influence, et d'ailleurs n'était-ce pas la vérité, ce qu'elle allait affirmer?
—Maurice, ne me traite pas ainsi. Tu te trompes. Ma dot est à moi. Elle a été tout de suite à moi. C'est un ami de mon père qui l'a exigé. En veux-tu la preuve? Tant que ma mère a vécu, je lui en ai servi les rentes. J'en pouvais disposer. Tu vois ton erreur. Ne me traite pas ainsi.