—Vous pouvez vous retirer. Vous avez ma parole que votre demande sera accordée. A la prochaine paie, le rappel vous sera fait.
Une victoire aussi soudaine ne laissa pas de les déconcerter quelque peu. Ils ouvrirent leurs yeux tout ronds pour contempler Moutier, virent à son air que la réponse était péremptoire. Dumoulin murmura: «Merci, monsieur l’ingénieur», et ils s’éclipsèrent sans autre manifestation.
Dès qu’ils eurent refermé la porte, je ne pus m’empêcher de m’écrier:
—Pourquoi n’avoir pas essayé de parlementer?
—Pourquoi? me dit Moutier avec une violence inattendue; parce qu’ils ont raison.
Il répéta, détachant les syllabes:
—Ils ont raison! Oui, ils ont raison. La vie d’un homme doit se payer... Que voulez-vous que j’aille répliquer à ces gens qui me numérotaient des cadavres?... Que je réponde par la liste des actionnaires du Siam-Cambodge? Il avait raison, le Dumoulin: œil pour œil, dent pour dent, «tant pour tant», comme dirait l’Herr Graf von Faulwitz.
—Cependant...
—Cependant quoi? Qu’il y a la gloire du sacrifice, le beau mysticisme qui vous est cher, de l’immolation à l’«œuvre»? Eh oui! quand on est ce que nous sommes, des maîtres ouvriers, des chefs, on peut se payer de cette somptueuse monnaie-là. Ceux-là... ils ont le cerveau que les Vanelli leur ont fabriqué. Ils ont le droit d’exiger que tout soit compté en bonnes piastres tin-tin, et si les vieilles pièces creuses ont encore cours quelquefois chez eux, ce n’est vraiment pas la faute aux banquiers de ce monde!
—Vous avez raison. Mais, comment ferez-vous ratifier par Battambang les assurances données à ces braves gens?