Ici, Moutier l’interrompit sans le moindre geste d’impatience, mais du ton de quelqu’un décidé à ne pas laisser traîner une affaire.
—Enfin, que demandez-vous?
—Cent piastres de plus par mois, pour les mois passés à Chang-préah... étant entendu que les mois écoulés seront rappelés... et, comme versement aux veuves, en cas de décès, mille piastres de supplément.
Moutier resta muet un instant, se contentant de dévisager le groupe. Sous le regard, ils parurent d’abord gênés, puis, un peu grondants... Dumoulin s’écria, avec un mauvais son dans la voix:
—Je vous ferai remarquer, monsieur, que le total de nos demandes représente à peine les dépenses qu’a occasionnées le séjour de madame Vallery.
Ici, je crus devoir intervenir.
—Dumoulin, ce n’est pas à vous à jeter dans cet entretien le nom de madame Vallery, et vous ne devriez pas oublier...
Il se tourna vers moi, et, avec fermeté:
—Pardon, monsieur de Tourange, j’ai la plus grande reconnaissance personnelle, soyez-en sûr, à madame Vallery. Mais il ne saurait être question ici de sentiments personnels, car ce n’est ni avec vous ni avec monsieur Moutier, en somme, que nous avons à traiter, mais avec monsieur Vanelli; et avec celui-là, n’est-ce pas, c’est dent pour dent, œil pour œil... payant, payant!
Moutier s’était levé, très calme. Voyant la figure de nos hommes, je supposais qu’il allait éviter de les heurter de front, user de quelque éloquence dilatoire, promettre d’écrire à Battambang, d’appuyer leur réclamation... J’aurais dû mieux le connaître. Du geste il montra la porte.