—Vous vous retirez déjà?

—Je ne me retire pas, je pars.

Il parut ne pas comprendre.

—Vous partez? Pour où?

—Pour ma sala, ce soir; pour Saïgon demain; pour la France dans huit jours.

—Mais, pourquoi si brusquement? Vous ai-je... bredouilla-t-il, vous a-t-on...

—Voyons, dis-je en souriant, ne me suis-je pas engagé comme un soldat, pour la durée de la guerre? La guerre est finie, ce me semble. N’est-ce pas une victoire qu’on célèbre ce soir?

Cette fois il ne répliqua rien. C’était, j’imagine, une sagesse que lui avait inculquée Hetty Dibson, que d’éviter les paroles vaines, quand quelqu’un dit: «Je m’en vais!»

Il tortillait doucement sa barbiche argentée, et ses regards scrutaient l’arrière-fond de mes prunelles. A la fin, il poussa un léger soupir et me tendit la main.

—Adieu, Tourange!