Vallery vaquait, en bon majordome, aux soins du banquet, s’affairait au déballage des caisses, à la frappe des bouteilles dans la glace, pressait les boys, bousculait les bebs, essuyait, d’une serviette de table, ses cheveux gris ruisselants.
Il fut payé de ses peines, car ce premier banquet—le programme du pique-nique comportait deux jours pleins de réjouissances—ce premier banquet fut, en tout point, réussi: champagne, paniers de fraises, corbeilles de mangues et de sapotilles, guirlandes de roses sur la nappe, félicitations, congratulations et discours.
Le Gouverneur général prononça des paroles. Je trouvai qu’elles ne correspondaient pas exactement... à quoi? je n’aurai su le dire... mais elles ne correspondaient pas...
M. le Gouverneur parla beaucoup des vivants et un peu des morts. Il est très difficile de parler heureusement des morts devant ceux qui les ont vus mourir. Et c’est pourquoi, sans doute, il me semblait que l’orateur ne traitait pas la question... Mais peut-être les sangsues m’avaient-elles aigri le caractère, dans ces dernières semaines.
Il y eut, quand le Gouverneur se rassit, des hourrahs, des applaudissements et de longs tintements de coupes. Madame de Faulwitz, les yeux étincelants, riait et jeta une rose, par-dessus la table, au nez de son père.
Après le café, on se rapprocha des ruines. Les petites danseuses royales, après qu’on eut cousu sur elles leurs vêtements d’or, entrèrent dans le mouvement de la danse. Un cercle de musiciens, assis à terre, entre elles et nous, tapait sur des tympanons, soufflait dans des flûtes et frottait des cordes...
A la longue, une sorte de vertige s’emparait de vous, à voir ces rats dorés sortir des pierres, à l’appel de ces évocateurs infernaux, y rentrer, en ressortir, courir sur place.
A un moment donné, un beau feu de bengale illumina tout l’arrière-plan de la scène. Des coins de feuillage tombaient sur sa clarté rose, et c’était comme le déploiement d’un immense étendard vanellien!
Dans l’intermède, je m’approchai de Vallery.
—Je vous fais mes adieux, lui dis-je.