La fin de l’entretien vint à mes oreilles, au moment où je reparus sur le chemin, mais en paroles françaises, prononcées à très haute voix par madame de Faulwitz:
—C’est convenu. Voulez-vous me ramener auprès de mon père? Une locomotive est là... Vous savez, je pense, la conduire?—ajouta-t-elle avec un sourire.
Et Vigel s’inclina.
Je les accompagnai jusqu’à la voie. Vigel bouscula vers la gauche le mécanicien annamite et mit la main au volant de la coulisse.
—En arrière, d’abord, dit madame de Faulwitz, en lui touchant l’épaule du manche de son ombrelle, je veux voir les bords de la troisième rivière.
Les roues grincèrent et, lentement, la noire machine recula, comme un buffle ébloui.
—Adieu, me crièrent-ils ensemble.
Je tirai ma montre. J’avais deux heures au moins avant le départ de mon convoi. Je songeai alors soudain qu’il y avait une autre femme à Chang-préah, à qui mon adieu était dû. Et incontinent je me mis à la recherche de Fagui.
Le sort de la folle avait été provisoirement réglé, quelques jours auparavant, à la suite d’une conférence entre le docteur, Vallery et moi. Le docteur nous avait répondu d’une maison à Marseille, où les soins donnés permettraient d’espérer la guérison; et, pour la dépense, Vallery, au nom de la Compagnie et en souvenir de M. Lacroix, moi, au nom de l’amitié et en souvenir de Moutier et de Lully, nous étions engagés à y pourvoir.
Fagui n’avait plus qu’une semaine pour se promener sur le ballast, et pour jouer avec les reflets des rails; et j’étais bien sûr de la trouver quelque part entre la digue et le terminus.