»Je ne suis pas de ceux-là, Père. Ma devise est la vôtre, je veux qu’il soit visible, éclatant, que je travaille ad majorem Dei gloriam... Mais comment le puis-je? Car j’ai peur...

»Père, j’ai peur de faire du mauvais ouvrage.

»J’ai lu sur la pierre d’une tombe de moine ces mots redoutables:

Si operarete bene
Averete il paradiso.
Averete il inferno
Si operarete male.

»Je veux «œuvrer bien». Dites-moi où je puis lire le plan, où je trouverai l’épure et la légende?»

Je m’arrête. Je regarde par le sabord l’éclat d’une constellation inconnue... La plume tombe de mes mains. A quoi bon? Je sais bien d’avance ce que me répondra le Père, et que cela ne me satisfera point. «Vous voulez bien œuvrer, mon ami, vous vous défiez des mauvais monuments; mettez donc une petite croix au-dessus de celui que vous entreprenez... Dieu reconnaîtra les siens!»

Et puis, il y a mon péché, dont je ne me repentirai point. Mon péché du bord du marais, quand la grande barre de lumière éventrait la digue, et que tout étincelait, et que tout le cercle de bronze de la forêt grondait de mon triomphe et de mon orgueil. Mon péché!... alors que j’ai compris la joie, et que ce n’était rien de tomber, comme un enfant maladroit, en courant, les dents serrées et les yeux fous vers Elle.

Ma main hésite, rature, froisse. Mon regard s’hypnotise sur le carré noir, fulgurant d’étoiles, et puis, sur le tout petit carré blanc qui porte une adresse... J’hésite... Un «fluit» léger, à peine comme d’une aile de mouette effleurant l’eau, et, sans doute quelques bulles de phosphorescence qui ont rejailli...

Comme la nuit est belle!

FIN
E. GREVIN—IMPRIMERIE DE LAGNY—3197-4-13.