Et ce fut seulement au moment où je lâchais l’échelle de coupée pour enjamber le bordage de mon sampan, que le cristal d’une voix rieuse, qui semblait tinter d’un bout à l’autre du Lotus, vibra dans mon oreille:

—Au revoir, monsieur. Ne manquez pas de raconter à Henry ce qui est arrivé à son cadeau!

Je serai bon messager. Je rapporterai l’histoire du bracelet. J’y ajouterai même un petit reproche. Puisque, en tout état, le bracelet devait aller au fond, ce n’était vraiment pas la peine, mon vieil Henry, de faire tant de manières pour l’acheter en or.

XXI

Sitôt à quai, je jugeai convenable, en effet, de passer par l’hôpital, où j’avais laissé, la veille au soir, Vigel en posture satisfaisante quant à l’affaire de sa clavicule. Je croisai, près de la grille, M. de Sibaldi. Après une légère hésitation, il fit le mouvement de traverser la rue et nous nous abordâmes.

—Je viens de chez Vigel, me dit-il. Maintenant, il s’est endormi, et le médecin pense qu’il vaut mieux le laisser à son sommeil. Mais Henry m’a donné sa clef pour aller chercher quelques papiers chez lui... Vous ne voyez pas d’obstacle à ce que je m’y rende tout de suite?

Je lui répondis que le boy qui le connaissait, à coup sûr, lui donnerait toutes facilités, et nous nous quittâmes.

Par acquit de conscience, je me dirigeai vers le pavillon où était soigné Henry; mais l’accès de la chambre du blessé me fut, comme me l’avait fait entendre Sibaldi, refusé par ordre médical. Je regagnai donc à pied la maison où le boy me rendit compte de la perquisition du «vieux monsieur journalisse» arrivé en pousse-pousse et reparti de même.

Je me doutai, tout de suite, de l’objet de cette perquisition, quand je vis affiché, le lendemain matin, aux vitrines des librairies de la rue Catinat, un placard portant en capitales voyantes:

L’AUBE SAIGONNAISE
LES DESSOUS DU SIAM-CAMBODGE