By Jove! fit-il, avec un geste léger je ne sais plus... Vous me brouillez mes idées et ma morale... Mais ne pensez-vous pas que, quand l’«autre» lira l’article et verra le Prussien bisquer un peu, elle aura de l’estime pour moi?... Et cela me suffit... pour le moment!

—Vigel, vous serez un homme roulé pour la quatrième fois.

Je lui pris la main et lui souhaitai prompt rétablissement. Quel amusant compagnon! Je sens que sa présence me manquera; la mienne lui manquera aussi, je veux croire. Je commençais à me l’attacher, ce «civilisé» qui n’est ni un Latin, ni un Germain, ni un Yankee, ce garçon aux muscles souples, capricieux, lâche et hardi comme une bête—une bête très, très intelligente.

Comme je tournais le bouton de la porte, il me cria d’une voix gamine:

Go on, Tourange, go on!

DEUXIÈME PARTIE

I

En approchant du marais, le chemin qui longeait la voie s’épanouissait brusquement, comme un bouquet de fibres au bout d’une corde, et des éclaircies, ménagées dans la végétation, dégageaient la vue.

La masse aquatique s’étalait devant nous, flasque, jaune et ridée comme la peau d’un énorme batracien. Le soleil y faisait miroiter des taches roses et d’obliques bandes d’argent. Sampot ou kéqhouan relevé jusqu’au haut des cuisses, les coolies y barbotaient.

On ne voyait qu’échines ployées, bras en action, jambes jaillies dans un gras éclaboussement. Très peu de bruit, parfois une sorte d’incantation monotone, accompagnant la retombée d’un mouton sur la tête d’un pilot.