Je pris dans les miennes ces deux mains bégayantes et les étreignis. Je sentis qu’elles s’abandonnaient aux miennes avec un glissement de plaisir, et il me sembla voir quelque chose de clair reparaître dans les yeux troubles, comme une flamme s’allume, le soir, à une fenêtre vide, pour dire: quelqu’un est là!
Puis, Barnot s’agita, joua des coudes comme s’il voulait se remonter, s’asseoir sur son lit. Je jetai un coup d’œil autour de moi.
La chambre était laide et nue. Deux ou trois tables encombrées de papiers, quelques nattes vulgaires, à un clou de poutre, un «pêle-mêle» de photographies, pour les sièges, du rotin tout sec. Pas un coussin disponible. Seulement une légère pente au matelas du lit sans traversin...
Barnot saisit mon regard, et le spectre d’un sourire erra sur ses lèvres.
—Ne cherchez pas, Tourange, il n’y en a pas. Tant pis, je resterai étendu; d’ailleurs, je crois que je suis mieux ainsi.
—Voulez-vous que j’avertisse le docteur? Il est là, dans la pièce à côté. On va réveiller aussi votre boy. On vous enverra ce que vous voudrez.
J’esquissai un mouvement pour sortir de la moustiquaire; mais les doigts de Barnot se cramponnèrent à mon poignet.
—Non, dit-il, je veux seulement vous parler, Tourange.
Sa voix s’était raffermie.
—Je ne voudrais pas qu’il m’arrive quelque chose avant que j’aie pu vous parler... pour que vous le répétiez aux autres, à Moutier, à Lully, à Fagui...