En vain voulut-elle penser à autre chose, s'absorber dans la musique, s'isoler dans des pensées sereines et généreuses, elle ne le put; le regard de cet homme et le souvenir de ses paroles la poursuivirent sans pitié jusqu'au matin, durant les longues heures d'une insomnie fiévreuse.

—Pourvu, se disait-elle, que je ne le revoie jamais!

Elle n'osait l'espérer; pourtant, c'était quelque chose que d'avoir passé deux mois sans rencontrer cet homme qui lui était odieux.

Elle ne fut pas si longtemps avant de le revoir.

Le jeudi suivant, c'était jour de soirée dansante, il arriva de bonne heure, en homme qui veut profiter d'un bon moment de causerie avant l'arrivée des importuns.

—On a été longtemps sans vous voir, général! dit la princesse en lui indiquant un siége auprès d'elle.

—J'ai été faire un tour dans mes terres, répliqua le général, je suis parti le lendemain d'un fort beau concert à la salle des Chantres...

Ses yeux glissaient du côté d'Ariadne, la princesse s'en aperçut.

—Celui de mademoiselle probablement, dit-elle avec un petit geste de son éventail.

Le général profita d'une nouvelle arrivée pour rapprocher son siége de la chaise d'Ariadne.