—Je suis déjà, dit-il, un de vos plus chauds admirateurs, mademoiselle, et—il baissa imperceptiblement la voix—il ne tiendra qu'à vous que je le devienne davantage.

Ariadne sentit l'insulte et rougit de la tête aux pieds. Ses épaules superbes se rosèrent tout à coup, et le général les contempla avec l'air d'un amateur devant un tableau de maître.

Les arrivants entouraient la princesse; la jeune fille se recula pour leur faire place, mais le général n'était pas homme à se laisser décontenancer.

—Inscrivez-moi, au moins, dit-il plus bas encore; si votre cœur est pris pour le moment, souvenez-vous que j'ai retenu mon tour.

—Monsieur! dit Ariadne entre ses dents serrées, vous êtes un lâche!

La princesse se retourna vivement. Seule de tout le groupe elle avait entendu non la provocation, mais la réponse; le regard que le général avait jeté sur Ariadne l'avait sans doute mise en défiance.

—Général, dit-elle, on joue là-bas, et vous ne dansez pas que je sache; faites place aux danseurs.

Le général s'éloigna en se dandinant, non sans ajouter une œillade assassine au bagage de sottises qu'il venait de déposer aux pieds d'Ariadne.

Le seul moyen d'excuser sa conduite est d'avouer qu'il professait la plus mauvaise opinion de toutes les femmes en général et en particulier; c'était un de ces hommes trop faibles pour avoir un caractère, qui en empruntent un tout fait, et qui le plus souvent le choisissent fort mal. Il était tellement sûr de la perversité féminine, qu'il avait calomnié Ariadne exactement comme il eût avalé un verre d'eau; il venait à présent de l'insulter avec la même facilité; il lui croyait un nombre indéfini d'aventures depuis la première; quoi de plus naturel que de rappeler à une jolie femme, pas cruelle, qu'il tenait ses hommages à sa disposition?

La princesse avait vu le mouvement d'Ariadne, elle avait entendu ses paroles; craignant quelque accident, elle essaya une diversion qui réussit.