—Monsieur Constantin Ladof, dit-elle en poussant un jeune homme qui lui parlait devant Ariadne encore pâle; mademoiselle Ranine.

—Mademoiselle, voulez-vous me faire l'honneur de m'accorder la première contredanse? dit la voix musicale de Constantin Ladof.

Ariadne pâlit, rougit, s'inclina machinalement, passa son bras sous celui du cavalier et respira plus à l'aise en se trouvant admise dans les rangs du quadrille.

—Ah! mademoiselle, lui dit son danseur, si vous saviez le mal que je me suis donné pour arriver à vous connaître! Votre voix m'avait fait une telle impression, que je suis resté deux nuits sans dormir. Ce sont les anges qui vous ont appris à chanter de la sorte! Savez-vous que,—c'est bête de l'avouer, ici surtout, pendant qu'on danse,—mais vous m'avez fait pleurer!

Ariadne regarda celui qui lui parlait. Les yeux bleus du jeune homme étaient aussi sincères, aussi honnêtes que ses paroles. Elle sourit et répondit de bonne grâce. Celui-là au moins ne la méprisait pas.

Vers la fin de la soirée, comme on se retirait, le général Frémof, toujours content de lui, s'approcha de la maîtresse du logis pour prendre congé, et reçut un compliment fort inattendu.

—Vous êtes un mauvais sujet, général, dit la princesse à demi-voix d'un air de reproche; c'est fort gentil les mauvais sujets, mais entre célibataires, ou bien chez les vieilles femmes qui ne craignent plus rien; moi, j'ai des demoiselles à marier; vous reviendrez me voir quand il n'y aura plus de jeunes filles dans la maison.

—Entendre, c'est obéir! dit galamment Frémof en baisant la main qui le mettait à la porte. Tâchez que ce soit bientôt, princesse.

La princesse ne put s'empêcher de rire. Cependant Ariadne ne devait pas se remettre de cet affront.