—Ce que vous aurez de bon, répondit Ladof distrait.
On lui servit un dîner excellent et très-copieux, qu'il mangea par distraction; sa distraction devait être bien forte, car, en lisant l'addition, il fit un soubresaut.
—Comment! j'ai mangé tout cela? dit-il au garçon ébahi.
—Mais oui, monsieur, rappelez-vous: le caneton aux petits pois, le...
—Oui, oui, murmura Ladof, je pensais à autre chose, en effet...
Il paya et sortit, stupéfait de voir qu'on peut manger prodigieusement au moment où les sentiments les plus contradictoires luttent dans le cœur.
Après avoir pris une tasse de café et fumé un cigare, Ladof se rendit à la caserne. Batourof venait précisément de rentrer, et changeait de toilette pour la soirée. Constantin se rendit à sa chambre.
—Tiens, bonjour! s'écria le jeune officier en voyant entrer son ex-ami, c'est gentil à toi de venir me voir.
—Je ne viens pas te voir, répondit Ladof, que cet accueil cordial mettait mal à l'aise, c'est-à-dire...