Batourof éclata de rire.
—Si tu n'es pas venu me voir, dit-il, admettons que je rêve. Prends un cigare pendant que j'achève ma toilette, tu permets? Il y en a d'excellents dans la boîte en dessous, pas celle de dessus, ceux-là sont pour les intrus, mais toi, tu es un ami, un vrai! Prends-en un bien sec, ceux de dessus sont humides.
Machinalement, Constantin étendait la main vers la table; mais il se souvint qu'il n'était pas venu pour fumer les cigares de Batourof, et rentra dans son rôle.
—Je désirerais avoir une explication avec toi, dit-il d'un ton sévère.
—Une explication? Dix explications, mon cher, autant d'explications que tu voudras. Tiens, passe-moi donc la brosse qui est sous ta main gauche. Mon animal de brosseur n'a qu'une idée bien vague de ses devoirs.
Constantin prit la brosse et la tendit à son ex-ami, qui se mit à brosser son uniforme avec énergie.
—Eh bien! que veux-tu que je t'explique? dit-il tout en travaillant ferme.
—Ta conduite n'est pas convenable, et je suis venu t'en demander raison.
Constantin termina cette phrase par un ouf! intérieur. Il ne s'était pas imaginé qu'il fût si difficile de provoquer un jeune fat.