—Hein? fit Batourof, qui resta la brosse en l'air, l'uniforme suspendu à sa main gauche, les yeux écarquillés, la bouche ouverte, tel enfin que, si Ladof l'avait regardé, il aurait probablement éclaté de rire; mais il regardait ailleurs, dans le vide.
—Tu as bien entendu, reprit le champion de la princesse Olga; je viens te demander raison de ta conduite.
—Quelle conduite? Quelle raison? Ma parole d'honneur, tu as perdu l'esprit, Ladof!
Les bras de Batourof retombèrent, et son uniforme aussi; ce que voyant, il le ramassa, l'endossa, et vint s'asseoir en face de Constantin d'un air fort grave.
—Tu viens me provoquer en duel? Et pourquoi, s'il vous plaît? Ai-je marché sur la patte de ton chien, cravaché ton cheval, ou...?
—Trêve de plaisanteries, fit Ladof d'un ton irrité. Tu persistes lâchement...
—Eh? fit le jeune officier en se levant.
—... Lâchement, répéta Ladof, à insulter par tes railleries une jeune fille digne de tous les respects; cette conduite est indigne d'un galant homme.
—J'insulte une jeune fille, moi? dit Batourof en se frottant les yeux. Mais je rêve! Je rêve, ou tu es fou, Ladof! Je n'ai jamais insulté de jeune fille.