—Il est inutile de nier. Vous ne faites qu'aggraver vos torts, répéta Constantin, entré, non sans peine, dans son rôle de provocateur. Je désire épouser la jeune fille à laquelle vous manquez journellement de respect...
—Mais nomme-la, ta jeune fille! Du diable, si j'ai manqué de respect à quelqu'un! du moins, à quelqu'un que tu veuilles épouser, car je ne suis pas toujours très-respectueux, j'en conviens, mais ce n'est pas dans un monde où tu irais chercher une fiancée...
—Cessez de railler. La jeune fille qui m'envoie...
—Elle t'envoie, à présent! Eh bien, c'est complet! Puis-je au moins savoir son nom?
—Toute feinte est inutile, répliqua Constantin d'un ton ferme. Quand pourrai-je vous envoyer mes témoins?
Batourof regarda son ami, fit un geste d'humeur et s'assit à son bureau.
—Tout de suite, si tu veux, dit-il d'un ton bourru. S'il faut que je me batte avec un fou j'aime autant en avoir fini le plus tôt possible.
Ladof se leva, salua gravement son ami et sortit d'un pas compassé.
Il eut quelque peine à trouver des témoins,—non que la chose en soi fût difficile,—mais tout le monde était à la musique ou à la promenade, et il finit par se résigner à aller chercher ceux qui pouvaient le servir là où il y avait quelque chance de les rencontrer.
C'est au Vauxhall, entre une valse de Strauss et l'ouverture du Barbier, qu'il racola un premier témoin; il put se procurer le second une demi-heure plus tard, pendant l'exécution du pot pourri fort en vogue alors et qu'on appelait le Tour de l'Europe. La France y était peu fastueusement représentée par Malbrough s'en va-t-en guerre, et c'est sur cet accompagnement belliqueux que Ladof expliqua sa querelle à un jeune sous-lieutenant frais émoulu du corps des porte-enseigne.