XXVI

Le soir de ce même jour si héroïquement commencé, tout le monde élégant savait qu'un duel avait eu lieu, entre un civil et un militaire, pour l'honneur d'une demoiselle de l'institut. Comment le motif du duel avait-il été porté à la connaissance du public? c'est ce qu'il serait peut-être difficile d'expliquer sans les toasts répétés qui avaient clos le déjeuner, et parmi lesquels: «A la santé de l'institut de ma tante!» avait été le plus souvent ramené par Batourof. A cela près, tout le mystère désirable avait enveloppé l'affaire.

Quand Ladof, un peu ému,—les mauvaises langues auraient pu prétendre que c'était par suite des libations d'un déjeuner très-prolongé, mais au fond il n'en était rien: c'était uniquement la pensée de l'accueil qu'il allait recevoir d'Olga qui bouleversait l'âme du jeune homme,—quand Ladof se présenta devant la princesse Orline, celle-ci, étendue sur sa chaise longue comme à l'ordinaire, le menaça du doigt en le voyant entrer.

—Arrivez ici, bon sujet, dit-elle en riant; que se passe-t-il donc? Vous pourfendez nos jeunes hussards pour l'honneur des dames? Quel don Quichotte!

Olga, très-pâle, assise à quelques pas derrière sa mère, leva sur Constantin un regard plein de reconnaissance, et peut-être quelque chose de plus. Le pauvre garçon perdit contenance.

—Mon Dieu, princesse, balbutia-t-il, je ne sais quelle sottise on a pu vous dire...

—Probablement la même que vous avez faite, répliqua la princesse avec un sourire qui démentait la sévérité de ses paroles. Voyons, confessez-vous, preux chevalier; qu'est-il arrivé?

—Je ne saurais vraiment... fit piteusement Constantin.