—Alors, mademoiselle Ranine?...

—Oui, répondit Olga. Elle a supporté son malheur avec un courage indomptable, et, de plus, elle m'a généreusement pardonné le mal que je lui avais fait.

—Vous lui avez dit? fit Constantin transporté d'admiration. Que vous êtes généreuse, princesse! Qui pourrait assez vous aimer?

Ladof, comme il convient à un amoureux bien épris, profita de cette révélation pour exhausser un peu le piédestal sur lequel il plaçait son idole. Cependant, il serait injuste de ne pas ajouter qu'il ressentit pour Ariadne une sympathie plus vive encore à la pensée de ce qu'elle avait dû supporter d'affronts immérités.

Ladof avait une de ces âmes tendres qui aiment facilement et fidèlement. Cette tendresse facile et expansive devait continuer à tromper Ariadne, pendant qu'Olga elle-même se laissait prendre au charme de cette aimable nature, faible et bonne, qu'elle était sûre de dominer d'un geste ou d'un coup d'œil.

Ariadne aurait voulu voir un maître dans l'homme quelle aimait; elle rêvait pour tout bonheur de se mettre tout entière aux pieds de son époux, et de brûler devant lui le meilleur de son âme, comme un parfum sur un autel; ce n'était pas le rêve d'Olga, mais chacun a sa manière de comprendre le bonheur.

Une douce familiarité régna de ce jour-là, plus que jamais, entre les trois amis. Nombre de jeunes gens papillonnaient autour de la princesse Orline et de sa charmante fille; aussi les assiduités de Ladof, d'ailleurs couvertes d'un vernis superficiel d'attentions adressées à Ariadne, ne furent remarquées de personne.

Olga ne cachait pas à Ladof l'affection qu'elle lui portait; mais elle avait appris à connaître sa mère, et savait combien ce mariage rencontrerait d'obstacles. Sans être ambitieuse, la princesse pouvait rêver pour sa fille une alliance plus brillante que celle-là; c'est ce que Ladof ne cessait de répéter piteusement à sa fiancée, qui, de son côté, lui répondait invariablement, en le tutoyant, selon l'usage des promis russes:

—Mais qu'est-ce que ça peut te faire, puisque je t'aime comme ça? Ce n'est pas ma mère qui se mariera, c'est moi!

Cependant il fut convenu qu'on attendrait un moment favorable pour parler de ce projet à la princesse. Si le lecteur veut savoir ce qu'Olga entendait par «un moment favorable», nous serons contraints de lui avouer qu'Olga elle-même n'avait que des idées bien vagues à ce sujet. Peut-être était-ce le moment où un autre prétendant demanderait sa main: cependant, à tout prendre, ce moment-là ne serait guère favorable... Mais c'était son affaire, et non la nôtre.