XXVII
Quelques jours après le duel de Batourof, duel qui resta légendaire chez les hussards, en raison de la façon charmante dont tout le monde s'était comporté, Morini arriva chez la princesse par le train du matin, à la grandissime surprise de tout le personnel,—c'est ainsi qu'on désignait la valetaille,—qui n'avait jamais vu de visiteur si matinal.
Sans écouter les récriminations des domestiques, il se fit indiquer par une femme de chambre stupéfaite l'appartement d'Ariadne, et s'arrêta seulement devant le verrou que celle-ci, éveillée en sursaut, lui ferma sur le nez, dans l'excès de sa surprise indignée.
—Ah! fit le professeur, en entendant claquer le verrou qui se voyait fermer pour la première fois depuis qu'il était posé, tu n'es pas prête? C'est bon, j'attendrai.
Il s'assit sur un coffre à bois, sans vouloir en démordre. Il avait son idée, et ne s'en laissait pas distraire; il lui fallait Ariadne tout de suite. Du reste, il la vit bientôt paraître.
Avant qu'elle eût le temps de parler, il la prit par le bras, et elle le conduisit vers un salon sans qu'il s'en aperçût.
—Tu débutes dans huit jours, dit-il en continuant le fil de sa pensée, et dans le rôle de Fidès. La Boulkof est tombée malade, et le théâtre n'a préparé que cela pour la réouverture, de sorte que...