Il aurait continué indéfiniment, si Ariadne ne s'était cramponnée à son bras de peur de tomber.

—Qu'est-ce que tu as? Ah! oui, je t'aurai réveillée en sursaut! Ces jeunes filles, pour un oui, pour un non, les voilà qui se trouvent mal.

—Ce n'est pas cela, fit Ariadne en s'asseyant sur le premier siége venu, c'est ce que vous dites... répétez donc. Je n'ai pas bien entendu.

—Le théâtre n'a rien préparé... commençait le professeur.

—Non! non, vous avez dit que je débute?

—Parbleu! sans ça, est-ce que je serais venu si matin?

Ariadne poussa un grand soupir et resta étendue dans le fauteuil, les yeux fermés, si pâle que le professeur de chant prit peur, et se mit à lui frapper dans les mains, qu'elle retira aussitôt.

—Je ne me trouve pas mal, cher maître, dit-elle en rouvrant les yeux, mais vous m'avez annoncé cette nouvelle si brusquement que j'ai cru sentir la terre manquer sous mes pieds. C'est le rêve de ma vie, voyez-vous.

—Et de la mienne, donc! s'écria Morini en parcourant à grands pas le salon, sans pitié pour les chaises et les fauteuils qu'il cognait à tort et à travers. Une élève que j'ai formée, je puis le dire, avec tout le soin et tout l'amour d'un père... Mais tu auras un succès! Tu verras.

—Je ne sais pas le rôle, fit Ariadne en joignant les mains.