Quelques instants après, en entrant en scène, la jeune fille vit le lustre allumé; la salle lui apparut vide et froide, entourée de ses housses comme de linceuls, mais illuminée et béante. Elle recula, et manqua son entrée. Un murmure de désapprobation parcourut les rangs des choristes, des machinistes, de tout le public qui assiste aux répétitions.

—Cela arrive à tout le monde la première fois! s'écria Morini, en roulant à droite et à gauche des regards terribles.

—Silence donc! fit le régisseur.

Ariadne éprouva la même sensation que si tout ce public hostile lui avait jeté une injure à la face. Avec sa sensibilité exagérée, il lui parut que tout était perdu, et elle chanta avec un découragement qui mit la mort dans l'âme de son vieux professeur.

La répétition terminée, il la reconduisit au palais de la princesse, et là, il commença un sermon en dix-neuf points. Mais, pour la première fois, il trouva Ariadne insoumise.

—Écoutez, mon cher professeur, dit-elle, si vous voulez que je chante demain, laissez-moi tranquille aujourd'hui. Les oreilles me tintent, et je n'entends plus ce que vous me dites.

—Tu as, parbleu! raison, s'écria Morini, et je suis un grand animal. Dors bien, petite, lève-toi tard, mange peu demain, et surtout ne crains rien, tous les imbéciles qui t'ont ennuyée aujourd'hui seront à tes genoux demain soir,—moi tout le premier.

Il s'en alla prestement, et laissa Ariadne avec ses pensées.

Celle-ci resta un moment la tête dans ses mains, puis une idée lui vint; elle sortit, et s'en alla au tombeau de sa bienfaitrice. Il se faisait tard, les journées sont courtes au commencement de septembre. Quand elle arriva, la nuit tombait; le gardien eut quelque peine à l'admettre dans le cimetière, mais un pourboire leva ses scrupules, et l'orpheline put aller jusqu'à la croix qu'elle avait fait placer sur le cercueil de sa seconde mère.

Les arbres perdaient déjà leurs feuilles, les teintes de l'automne enrichissaient la verdure, et leurs tons chauds semblaient conserver un peu de la lumière du soleil disparu. Ariadne sut distinguer dans l'ombre croissante la pierre blanche de la croix; elle s'y agenouilla un instant sur la terre humide; elle n'avait pas apporté de fleurs,—sa prière suffisait comme offrande, car elle était aussi pure et aussi désintéressée que celle d'un tout petit enfant.