Quand Ariadne rentra en ville, les réverbères étaient allumés, et la ville avait cet air d'animation joyeuse qui signale le retour des Pétersbourgeois en villégiature. L'Opéra italien jouait ce soir-là, et les voitures amenaient un flot d'amateurs pressés de ne rien perdre de la saison. L'Opéra russe, en face, était énorme et désert.
—Demain, se dit Ariadne, ce sera pour moi que les voitures amèneront le monde! Si j'allais chanter mal!
Elle rentra chez elle, et, suivant le conseil de Morini, se coucha de bonne heure. Elle s'était dit qu'elle n'aurait aucun succès, et s'était résignée à tout.
—Je n'ai pas de chance, pensait-elle. Pourquoi réussirais-je cette fois?
La journée du lendemain passa comme un éclair. La princesse était venue avec Olga pour le dîner, afin de ne pas manquer le lever du rideau.
Olga ne se tenait pas de joie; elle embrassait à tout moment son amie, et lui prédisait le succès le plus étourdissant.
Elle voulait à toute force l'accompagner dans sa loge, et la princesse dut user d'autorité pour l'en empêcher.
Le Prophète commença; Ariadne, occupée à achever sa toilette, ne se trouvait pas sur la scène pour le commencement; on l'appela, elle accourut en hâte, encore embarrassée de son costume, auquel elle n'avait pas eu le temps de s'accoutumer.
—Allez donc! lui dit le régisseur; il n'est que temps!