L'actrice qui jouait Bertha pour la trentième fois, peut-être, lui saisit la main et l'entraîna sur la scène.

Ariadne reçut un coup en plein cœur en voyant la salle éclairée, chaude, peuplée de têtes dont les yeux étaient braqués sur elle; elle tremblait si fort que Bertha lui dit à l'oreille:

—Regardez la scène; sans cela, vous allez tomber, vous aurez le vertige.

Elle suivit ce conseil, et eut le temps de se remettre pendant la romance de Bertha. Au moment où elle chantait la première note, elle éprouva une impression singulière, comme si sa voix n'était pas à elle; mais elle avait pris son parti de toutes les étrangetés, et continua bravement.

L'attention du public était fixée sur elle; sa beauté sculpturale donnait à son personnage un caractère de grandeur qui faisait un contraste frappant avec l'actrice petite et ramassée qu'elle remplaçait dans ce rôle; sa grande taille, noble et svelte, ne pouvait disparaître entièrement sous le costume de la matrone; elle eut, dès le premier moment, un grand succès de beauté.

—Eh bien! lui dit son maître quand elle entra dans la coulisse, c'est fini, tu n'as plus peur?

—Non, répondit Ariadne; mais est-ce que c'est cela, l'opéra?

—Et que voudrais-tu donc que ce fût? demanda l'Italien ébahi.

—Je ne sais pas... Il me semblait que c'était autre chose.