Ce dernier écho du succès vainquit la fermeté d'Ariadne; des larmes inondèrent ses yeux; elle fit un signe de tête reconnaissant à cette foule amie.

—Une fleur de votre bouquet! cria-t-on, une fleur en souvenir!

D'un geste charmant, Ariadne arracha par poignées les violettes de Parme et les roses, et les lança à la foule. La portière se referma sur elle, et la voiture partit au grand trot, pendant que les acclamations remerciaient la gracieuseté de la cantatrice.

—Tu es contente? dit Olga, en serrant son amie dans ses bras pendant que la princesse faisait à Ariadne des compliments sincères et chaleureux.

—Je suis heureuse! répondit celle-ci; et quand je pense que madame Sékourof, à qui je dois tout cela, ne peut pas jouir de son ouvrage!

En entrant dans le salon, Ariadne aperçut Ladof, qui les avait devancées; il était invité à prendre le thé au sortir du théâtre. La princesse, qui croyait à un attachement naissant entre lui et la jeune cantatrice, avait cru favoriser son vœu secret en lui procurant le moyen de la voir aussitôt. En effet, Constantin, heureux, ému, complimenta Ariadne avec une chaleur qui aurait trompé tout le monde. Olga seule savait que c'était pure amitié et dilettantisme musical; aussi n'en fut-elle point jalouse.

Ariadne, encore imparfaitement revenue aux réalités de la vie, se laissait complimenter comme elle se laissait verser du thé, d'un air heureux et distrait; elle revoyait toujours cette salle bien éclairée, ces visages tendus vers elle, ces bouches ouvertes pour crier son nom, et un frisson passait sur ses épaules. Elle était contente et elle avait peur. Comme un enfant qui passerait sa main sur la tête d'un lion, il lui semblait que cet être énorme qui la flattait ce soir pourrait bien avoir envie, un jour, de la dévorer.

—Vous devez être bien heureuse! lui dit Ladof, qui s'était assis près d'elle.

La nature tendre et caressante de ce jeune homme, encore enfant sous plus d'un rapport, le portait à se rapprocher le plus possible de ceux vers qui le mouvement passager de son cœur l'entraînait.

—Oui, répondit Ariadne avec son beau sourire vague et rêveur. Et vous, êtes-vous content?