Olga avançait avec un air de modestie et même d'humilité qui ne lui était pas ordinaire; elle tenait à la main un petit portefeuille si richement orné, qu'il avait plutôt l'air d'un bijou que d'un objet utile.
—Ton maître t'a grondée, dit-elle, n'est-ce pas? J'ai entendu, j'ai même un peu écouté; pardonne-moi, chère Ariadne.
La jeune artiste fit un geste indifférent. Que lui importait? Sa dépendance n'était un secret pour personne.
—Je ne sais comment t'expliquer ce que j'ai à te dire, reprit Olga; c'est très-difficile, et ta fierté ne rend pas la tâche plus aisée. Nous avons préparé, ma mère et moi, un petit souvenir pour te rappeler le triomphe de ton premier début... nous y avons fait mettre nos portraits...
Ariadne étendit la main vers l'objet que lui présentait son amie. Celle-ci le retenait encore avec une sorte de crainte.
—Comprends-moi bien, chère Ariadne, dit-elle; tu sais quelle est l'étendue de la dette que j'ai contractée envers toi, et tu sais que je n'espère pas pouvoir la payer jamais. Ce que nous t'offrons ici n'est donc pas autre chose que le moyen de te libérer en partie du fardeau qui te pèse, je le sens.
Elle embrassa affectueusement son amie, lui mit le portefeuille dans la main, et voulut s'enfuir; Ariadne la retint d'un geste impérieux.
—Attends, dit-elle.
Elle ouvrit l'objet, qui contenait, en effet, les portraits de madame Orline et de sa fille, et dans une poche elle trouva un paquet de billets de banque pliés dans une enveloppe qui portait pour suscription: «Prix des leçons de M. Morini.»