Olga était sincère. Ariadne avait muré son âme d'une façon si impénétrable, que jamais son amie n'avait supposé que Ladof eût produit quelque effet sur elle. D'ailleurs, n'est-ce pas le propre de ceux qui aiment de ne pas s'apercevoir de l'amour des autres?
Ariadne ne répondit pas; les paroles d'Olga correspondaient trop aux désirs secrets de son cœur. Elle se raccrocha à l'espérance qu'on lui présentait, comme à une planche de salut. La vie du théâtre lui déplaisait, sa dépendance pesait lourdement sur elle; mais Constantin, s'il l'aimait, la mettrait au-dessus de toutes ces misères: elle se sentait belle, en effet, et bien digne d'être aimée... Elle espéra.
—Je te quitte, dit Olga, en voyant les traits d'Ariadne reprendre leur harmonie et leur douceur accoutumées: tu as besoin de repos, puisque tu chantes ce soir. Songe au moins que, si tu le veux, tu peux chanter aujourd'hui pour la dernière fois. Ma mère me charge de te dire que ta place est auprès de nous, et que tu ne dois point rêver d'autre asile, aussi longtemps que tu seras heureuse à notre foyer.
Elle s'échappa sur ces paroles consolantes, et Ariadne resta livrée à ses méditations.
—Non, pensa-t-elle après un peu de réflexion, je ne donnerai point cet argent à mon maître, ce serait lui manquer de reconnaissance; il y avait autre chose que de l'intérêt dans les leçons qu'il m'a données. Mais s'il m'arrivait un malheur, si je perdais la voix par exemple...
Elle soupira; son esprit, fatigué d'une lutte incessante avec les infortunes de la vie, ne lui présageait plus rien que de funèbre.
Le soir venu, elle chanta mieux encore que le jour de ses débuts; la cabale montée contre elle n'osa souffler mot, tant l'ascendant que la jeune cantatrice prenait sur le public était puissant: quiconque eût essayé de lutter contre le succès eût été honni sans pitié.
Couronnes, rappels, cris enthousiastes, tout égala, dépassa même l'ovation du premier soir, et Ariadne sortit du théâtre consacrée «étoile» par les deux mille spectateurs enivrés.
—Eh bien! lui dit Morini en la reconduisant, t'es-tu réconciliée avec le théâtre?