Il se frottait les mains d'un air joyeux; Ariadne ne voulut pas souffler sur sa joie, et répondit évasivement. En rentrant chez elle, quand elle fut seule dans le calme de sa chambre de jeune fille, elle soupesa ce qu'il entre d'amour-propre, d'engouement, de moutonnerie humaine dans un succès de premier ordre, et elle se dit comme le sage: Tout n'est que vanité.

—Ah! mon cher grand art, se dit-elle avec le découragement le plus profond, je t'aimais mieux quand je chantais seule à l'institut, et quand je pleurais au son de ma propre voix, sans savoir pourquoi!


XXIX

—Vous ne chantez plus cet hiver, Ariadne? demanda la princesse pendant le déjeuner, le lendemain de ce jour.

—Pas au théâtre, du moins, princesse, répondit Ariadne. Je compte donner un concert...

—Nous sommes loin de la saison des concerts, interrompit madame Orline; puisque rien ne vous retient à Pétersbourg, voulez-vous nous accompagner dans un voyage que nous allons faire à l'étranger?

Olga ouvrit ses yeux tout grands et regarda sa mère d'un air plus surpris qu'enchanté.

—C'est une surprise que je ménageais à ma fille, reprit madame Orline; il y a assez longtemps qu'elle me persécute pour faire ce voyage! J'ai calculé que, la saison des pluies étant très-vilaine ici et le mois d'octobre très-beau en France, nous aurions tout avantage à passer six semaines là-bas; nous reviendrons pour le traînage.