—Mademoiselle Ariadne, vous me faites peur, dit Ladof; venez ici, je vous en prie!

La jeune fille lui jeta un regard que Constantin se rappela toute sa vie.

—Que vous importe? disaient les yeux d'Ariadne, mais sans colère, je ne suis rien pour vous, ce n'est pas moi que vous aimez!

Elle se rapprocha cependant de quelques pas.

—Écoute, Ariadne, reprit Olga, nous sommes dans une position fort embarrassante, vois-tu. Maman s'est mis dans la tête, je ne sais à quel propos,—la rougeur qui envahit son visage annonçait pourtant que sa conscience lui faisait quelques reproches,—que c'est de toi que Constantin s'occupait. Elle voudrait déjà vous voir mariés.

Ladof n'y tint pas; quittant brusquement la main d'Olga, il se tourna vers Ariadne.

—J'ai bien mal agi envers vous, mademoiselle, je le sens et j'en suis désolé. Voulez-vous bien me dire que vous me pardonnez? Sans cela, je n'oserais...

—Je vous pardonne, dit Ariadne.

Son regard, plein de pitié miséricordieuse, tomba sur le jeune homme comme un rayon d'en haut; tout l'amour qu'elle avait ressenti s'y fondit en une expression suprême de tendresse et de pardon.

—Mais ce n'est pas encore assez, reprit Olga; ma mère n'acceptera jamais l'idée de ce mariage, après s'être figuré que c'était toi la fiancée. Il faut que tu nous rendes un service, ma bonne Ariadne; dis-lui, toi, que nous nous aimons, et supplie-la de consentir... elle ne te le refusera pas: si tu savais quelle confiance elle a en toi et combien elle t'aime! Veux-tu nous faire ce plaisir?