—Dire à la princesse que vous vous aimez? fit Ariadne lentement. Pourquoi moi, et non toi?

—Parce qu'elle pensait que c'était toi... elle ne pourra pas se mettre en colère contre toi, au moins! dit naïvement Olga.

Constantin ne disait rien; il était au supplice. Le visage d'Ariadne, sur lequel Olga, dans son égoïsme inconscient, ne lisait que la fatigue, trahissait pour lui les mouvements d'une âme désespérée.

—J'essayerai, dit doucement Ariadne; mais si j'échoue, il ne faudra pas m'en vouloir.

Elle les quitta et retourna au bord de la falaise.

—Regardez, dit-elle, qu'est-ce que c'est que cela?

Elle indiquait une masse de brouillard blanc qui s'élevait de la mer comme une fumée. Les fiancés tournèrent la tête; de leur place, ils voyaient toute la falaise sur une étendue de plusieurs lieues.

La brume venait du nord et flottait lentement en apparence, mais très-vite en réalité, poussée par une brise rapide. On eût dit les vapeurs qui s'élèvent d'une chaudière en ébullition, mais plus dense, plus compacte; la masse venait à eux, s'accrochant à la falaise, cachant et découvrant par intervalles les sinuosités de la côte; parfois elle entrait dans les terres, et, après qu'elle avait passé, des flocons de brouillard semblables à de la laine restaient dans les arbres des grandes fermes; une barque de caboteur, qui louvoyait à peu de distance, se trouva prise dans le nuage; elle disparut aux yeux des spectateurs comme si quelque géant l'avait escamotée, et la nuée continua de s'avancer vers la pointe.

—C'est bien drôle! continua Olga. Est-ce que le brouillard va venir ici?

—Sans doute, répondit Constantin; redescendons.