—Ariadne! cria la voix plus mâle de Constantin.

La brume s'enleva de terre, légère et molle, en tournoyant sur elle-même; les deux jeunes gens furent debout en un clin d'œil; leurs regards se tournèrent vers la place où la silhouette d'Ariadne se détachait sur le ciel... Il n'y avait plus rien...

Glacé d'horreur, Constantin se traîna, en rampant sur le gazon, jusqu'au bord de la falaise.

—Va-t'en! va-t'en! cria-t-il à Olga, qui voulait le suivre. Va-t'en!

—Elle est morte! dit celle-ci en se cramponnant à lui.

Constantin recula un peu, s'assit sur le gazon, et, passant sa main sur ses yeux hagards et ses cheveux hérissés:

—Nous l'avons tuée! dit-il.

La marée baissait; quand les deux jeunes gens eurent atteint l'hôtel, quand la princesse les eut vus revenir seuls, et que les pêcheurs, pleins de pitié, eurent fait le tour de la falaise alors presque à sec, on trouva Ariadne étendue sur la grande dalle blanche et polie qu'elle avait admirée. La vague pieuse avait rassemblé ses vêtements autour d'elle, et son visage portait ce sourire navré qu'on avait si souvent vu sur ses lèvres depuis quelque temps.

La princesse apprit d'un seul coup la catastrophe et l'amour de sa fille pour Ladof; tout avait jailli ensemble des lèvres d'Olga avec les sanglots.