Elle avait incliné la tête, mais avec tant de dignité, que la visiteuse en fut touchée.

—Pour l'amour de moi, dit-elle en italien à la directrice, faites-lui grâce. Cette enfant sera une grande artiste.

—Pour l'amour de vous, soit! répondit madame Batourof en souriant.

Elle était bien aise de prendre ce prétexte pour une clémence à laquelle elle était résolue d'avance.

—Vous irez tous les jours, pendant la récréation de midi, à la salle de musique, et vous chanterez seule, proféra la supérieure de l'air dont elle eût infligé la plus terrible punition. Allez!

Ariadne, ébahie, regarda les deux femmes; le front de la directrice indiquait la sévérité. La visiteuse avait souri et semblait heureuse de ce dénoûment imprévu.

Suivant l'usage, Ariadne s'inclina et baisa la main de la supérieure, qui se laissa faire; puis, mue par une impulsion passionnée, elle prit la main de l'autre dame et la porta à ses lèvres. Puis, enfin, revenant au sentiment des convenances, elle fit une révérence et se dirigea vers la porte. Au moment où elle allait l'atteindre, la visiteuse, qui lisait en elle probablement, lui dit:

—Chantez une vocalise!

Ariadne s'arrêta sur place et entonna sur-le-champ la plus brillante et la plus aérienne de ses vocalises de solfége. Toute sa joie y passa; les trilles et les arpéges se succédaient pressés et joyeux comme des oiseaux qui prennent leur volée. Quand elle eut fini, sans reprendre haleine:

—Je vous remercie, madame, dit-elle.