Le charme de cette voix était si puissant, qu'il avait vaincu la colère ou la raillerie; la supérieure échangea un regard avec la visiteuse, et, dans ce regard, il y avait plus que de la surprise: l'admiration y avait sa bonne part.

—Savez-vous autre chose que la liturgie? demanda la supérieure.

—Je sais les vocalises de l'école de chant.

—Chantez très-lentement une gamme mineure, dit tout à coup la dame aux cheveux gris. Très-lentement, vous commencerez au la du diapason.

Ariadne ouvrit de nouveau la bouche. Est-ce la bonté qui vibrait inconsciemment dans la voix de la vieille dame, qui avait éveillé en elle une source d'émotions cachée? Elle vocalisa la gamme demandée avec un tel accent de prière, d'invocation passionnée que, lorsque sa voix mourut sur le la aigu de l'octave, un frisson passa sur le corps des deux femmes, comme si elles avaient entendu la plainte d'un ange.

—Descendez à présent! dit la supérieure.

La voix d'Ariadne, avec l'accent de la colère et du plus sombre désespoir, descendit encore et s'arrêta avec une vibration lente et prolongée sur le mi grave.

—C'est prodigieux! murmura la visiteuse en se laissant retomber dans son fauteuil, d'où l'attention l'avait un instant soulevée.

—Elle a une voix très-remarquable, en effet, corrigea la directrice; mais ce n'est pas une raison pour troubler les classes. Vous avez causé un grand scandale.

—J'ai fait mes excuses à notre dame de classe et à notre professeur, répondit mademoiselle Ranine. Je vous les présente humblement, madame la supérieure.