—Vous chantez à la chapelle? demanda la dame qui n'avait jusque-là donné aucun signe de vie.
—Oui, madame, répondit Ariadne, mise aussitôt à l'aise par la voix douce et bienveillante de cette nouvelle interlocutrice.
—Chantez l'hymne à la Vierge.
—Je ne sais que ma partie, répondit doucement mademoiselle Ranine.
—Chantez-la, fit la directrice.
Ariadne ouvrit la bouche, et aussitôt l'appartement se remplit d'une vibration chaude et sonore. Un frisson parcourut les objets eux-mêmes; différentes babioles de cristal placées sur des étagères, les bobèches des candélabres et les cristaux du lustre vibrèrent d'une trépidation harmonieuse aux sons de cette voix si ample, si riche, et si douce pourtant qu'elle saisissait le cœur comme dans une étreinte de chair vivante.
Ariadne chantait lentement sa partie de contralto; ses yeux, perdus dans le vague, avaient pris une expression de fixité étrange; on eût dit qu'elle regardait en dedans d'elle-même quelque objet mystérieux, quelque apparition solennelle, mais non mystique. Ce qu'elle voyait n'était pas du ciel.
Elle chantait presque sans mouvement des lèvres, la bouche largement ouverte pour laisser sortir les sons, la tête un peu renversée en arrière, les bras pendants, calme, immobile et comme en extase.
Quand elle eut fini l'hymne, elle se tut, baissa la tête et attendit.