—Quel motif vous a poussée à causer ce scandale? demanda madame Batourof de sa voix calme et un peu enrouée.
Mademoiselle Ranine baissa la tête, elle ne pouvait répondre. Il eût fallu raconter ses angoisses, le besoin irrésistible qui la poussait à chanter... c'était trop long,—et puis à quoi bon? Ne valait-il pas mieux se laisser punir?
—Répondez! fit la supérieure sans colère.
—J'ai besoin de chanter, je souffre quand je dois me taire, répondit, bien malgré elle, la délinquante sans lever la tête.
—Où souffrez-vous?
Ariadne indiqua sa gorge.
—Et maintenant, en ce moment, souffrez-vous?
La jeune fille inclina affirmativement la tête.
—Chantez!
Ce mot fut dit tranquillement, comme si c'eût été la chose la plus simple que de se mettre à chanter ainsi au milieu d'une réprimande officielle. Ariadne regarda le visage impassible de la directrice. Elle ne plaisantait pas; la jeune fille voulut faire une question, mais elle ne trouva pas les mots et resta muette, les yeux grands ouverts, tout son beau visage étonné tourné vers la lumière et recevant en plein la clarté presque aveuglante du quinquet.