En ce moment, deux jeunes officiers, amis d'un des fils de la directrice, ôtaient en bas leurs paletots, avant d'entrer, pour rendre leurs hommages à la vénérable dame.

Des regards se croisèrent, un vague sourire, quelques mouvements des lèvres furent échangés entre les visiteurs et les jolies curieuses.

—Bonjour, monsieur Michel, cria une voix enfantine, vous êtes adorable.

Un murmure confus de rires et de reproches enjoués couvrit la voix de l'effrontée. Le jeune homme ainsi interpellé regarda en l'air et répondit audacieusement:

—A votre service, mademoiselle!

—Une dame de classe! Ce mot circula dans les groupes, les rieuses quittèrent l'escalier, mademoiselle Grabinof apparut trop tard, comme l'autorité elle-même, roide, busquée, pincée, son couvre-pieds sous le bras.

Au même instant, sur les marches tapissées de drap rouge de l'escalier, Ariadne apparaissait, son cahier de musique à la main, pâlie, fatiguée par l'exercice vocal immodéré qu'elle venait de prendre, mais avec ce regard heureux et comme éclairé d'une flamme intérieure qui accompagne et suit l'extase.

—Je vous y prends à faire du scandale et à parler avec les jeunes gens qui viennent voir madame la supérieure! s'écria la Grabinof qui avait saisi un fragment de mot échappé à une imprudente ou chuchoté par une délatrice.

Ariadne la regarda d'un air si stupéfait, qui devint aussitôt si dédaigneux, que la vieille fille tressaillit de rage.

—Si jamais je puis t'attraper, toi, murmura-t-elle. Et elle alla transporter son couvre-pieds avec ses rancunes chez une autre dame de classe également libre ce jour-là, qui demeurait au troisième étage, avec les petites. C'était sa bonne amie, et elles prenaient le café ensemble chez l'une ou chez l'autre, «les jours blancs», c'est-à-dire ceux où elles n'étaient point de service.