Le premier soin de mademoiselle Grabinof fut de raconter à sa chère Annette l'injustice dont elle était victime.
—Figure-toi, ma chère,—ces dames se tutoyaient,—que madame la supérieure, non-seulement n'a pas puni Ranine, mais encore lui a donné la permission de chanter pendant une heure toutes les après-midi.
—C'est affreux! s'écria la chère Annette en ajoutant un morceau de sucre à son café. Et qu'est-ce que tu as dit?
—Que veux-tu que j'aie dit! Je n'ai rien dit du tout, d'autant plus que personne ne m'a rien fait savoir. C'est par cette horrible fille elle-même que j'ai appris les ordres de madame la supérieure.
—On ne t'a rien fait dire? insista l'amie étonnée.
Mademoiselle Grabinof sentit la nécessité de faire une petite rectification.
—L'inspectrice m'a communiqué la décision de madame la supérieure. Sans cela, crois-tu que j'aurais laissé cette grande filasse aller à la salle de musique tantôt?
La chère Annette savait de longue main qu'il ne fallait pas prendre absolument au pied de la lettre les assertions de son amie; aussi n'insista-t-elle point sur cette légère erreur.
—Et, continua la bonne âme, figure-toi qu'en revenant de sa musique elle a eu le temps d'échanger des œillades et des compliments avec les deux Mirsky.