Annette haussa les épaules.
—Ranine n'a pas le sou et ne connaît personne. Ce ne sont pas les filles pauvres qui font des sottises à l'institut. J'ai été aussi dame de classe de première, et j'en ai vu de toutes les couleurs. Mais je crois bien que tes demoiselles sont en train de t'en faire voir de plus belles que tout ce que j'ai jamais connu.
—Madame Banz est une oie! dit mademoiselle Grabinof, caractérisant ainsi d'un mot le caractère querelleur et bruyant, mais superficiel, de la dame de service qui partageait avec elle l'honneur périlleux de mener à bien la première classe.
—Ce n'est pas uniquement la faute de madame Banz. Tu as bien ta petite responsabilité. Comment! grâce à l'excellent système de nos instituts qui fait monter les dames de classe avec leurs élèves, tu as vu grandir toutes tes péronnelles, tu les connais depuis l'âge de dix ans, et tu ne sais pas reconnaître celles qui sont capables de te jouer un mauvais tour?
—Mais, balbutia la Grabinof bouleversée de cette accusation directe, sauf Ranine qui ne vaut absolument rien, ce sont toutes des demoiselles bien élevées, aimables...
—Sais-tu ce qui va t'arriver un de ces quatre matins? dit Annette impatientée. Non? Eh bien! tu perdras tes vingt-deux ans de service et tu seras mise à la retraite avec une demi-pension!
—Pourquoi, seigneur Dieu? s'écria la malheureuse Grabinof, qui sentit ses cheveux se dresser sous son bonnet.
—Parce que tu ne veux ou ne sais rien voir, car, en vérité, je me demande si tu n'y mets pas de la bonne volonté, à voir le mal qu'il faut se donner pour t'expliquer...