—Mais que se passe-t-il donc? cria la Grabinof folle de terreur, en agitant ses bras comme un télégraphe du bon vieux temps.

Annette regarda sa chère amie, et ce coup d'œil la convainquit de la bonne foi de la malheureuse. Alors, se penchant à son oreille, elle lui chuchota une petite phrase très-courte, dont l'effet fut foudroyant. Mademoiselle Grabinof se laissa retomber sur sa chaise, aussi verte qu'un jeune concombre encore mal mûr.

—Dans ma classe, mon Dieu! fit-elle à voix basse. Dans ma classe? Et leurs noms?

—Leurs noms! Mais c'est toi qui devrais me les dire!

Mademoiselle Grabinof se tordit les mains avec un geste tragique.

—Comment as-tu appris cela? dit-elle lorsqu'elle eut recouvré un peu—très-peu—de sang-froid.

—Par ma femme de chambre (chaque dame de classe a sa femme de chambre qu'elle choisit et paye, et l'on peut s'imaginer quelle variété d'éléments haineux cette disposition introduit dans les instituts). Févronia est au mieux avec un des soldats qui sont chargés de veiller au service de propreté des réfectoires; elle prétend même qu'il a l'intention de l'épouser. En attendant, il n'a pas de secrets pour elle, et tous deux ont fait leurs gorges chaudes. On peut dire que voilà des demoiselles bien gardées!

Mademoiselle Grabinof poussa un long soupir.

—Comment savoir leurs noms?