—Ne feignez pas l'ignorance et n'aggravez pas votre situation par quelque maladresse. Une de vos élèves est compromise dans une sotte histoire de rendez-vous. On a prétendu dans l'institut que c'était l'une des plus nobles et des riches...
—C'est faux, Votre Excellence! interrompit la Grabinof, fidèle à son pacte d'alliance.
—Je sais bien que c'est faux, reprit la directrice, mais ne m'interrompez pas, je vous prie. J'aurais désiré que tous ces bruits fussent réduits à néant; malheureusement, ils ont déjà pris trop de consistance, et la calomnie va toujours en grossissant. Si nous ne donnons pas satisfaction à la morale publique, on dira que l'institut entier se livre au dévergondage le plus affreux. Il faut me livrer le nom de l'élève qui a manqué à ses devoirs.
La Grabinof baissa la tête. Bien que très-vive, son intelligence se refusait à admettre ce qu'on demandait d'elle.
—Excellence, murmura-t-elle, je vous assure que les noms qu'on a mis en avant sont une pure invention, une calomnie abominable; j'ai constaté moi-même combien les jeunes filles qu'on accuse sont au-dessus de ces mensonges odieux...
—Et madame Banz, qu'a-t-elle constaté? interrompit la supérieure, qui n'avait pas une opinion très-haute de ladite dame.
—Elle n'a rien constaté du tout, Excellence; c'est pendant son service que les désordres se produisaient. Jamais, pendant que je surveillais les jeunes filles, pareil scandale n'a pu se produire. Mais elle a le sommeil si lourd, elle est si épaisse...
—Vous avouez donc les désordres, fit madame Batourof avec une vivacité qui prouva combien elle était satisfaite d'avoir, comme on dit, «trouvé le joint».
—Sans doute, Excellence, je ne puis nier...
—Eh bien! trouvez-moi la coupable. Il faut une coupable: vous connaissez vos élèves, c'est à vous de la trouver. Revenez dans une demi-heure avec tous les éclaircissements désirables.