La supérieure congédia du geste sa dame de classe, qui s'en alla à peu près aussi abasourdie que si l'institut lui fût tombé sur la tête.

Il fallait une victime à l'opinion publique! Elle ne devait être ni riche, ni de famille illustre ou seulement notable; il fallait qu'elle n'eût ni parents, ni amis capables de se révolter et de provoquer une enquête. Laquelle, parmi ses élèves, réunissait ces conditions assez rares dans les instituts? Qui? Eh mais! Ranine, l'odieuse, la malfaisante Ranine, que le destin semblait avoir désignée d'avance en préparant son renvoi par des châtiments réitérés!

Ranine! elle allait donc se débarrasser de Ranine!

Elle eut beaucoup de peine à se contenir durant la demi-heure accordée par la directrice pour chercher l'agneau qu'on devait immoler. Vingt fois elle regarda à sa montre et fut contrainte d'attendre; mais, au moment où elle sonnait la demie, elle se présenta à l'audience.

—Eh bien! fit la supérieure en la voyant, vous avez découvert?

—Oui, Excellence, et ce ne pouvait être une autre que l'élève qui s'est fait remarquer dernièrement par son insubordination et sa paresse.

—Vous la nommez?

—Ranine.

Ce mot fut proféré sans honte, sans hésitation; on eût dit le sang-froid d'un boucher qui égorge un chevreau. La supérieure regarda attentivement sa dame de classe.