—Pauvre enfant! Tant mieux, vous ne regretterez rien en quittant l'institut.

—C'est si loin encore, dit tristement Ariadne, jusqu'au mois de juin!

Madame Sékourof n'eut pas le courage de répondre directement.

—Allons, mon enfant, dit-elle, aujourd'hui comme demain, ma maison vous attend. Pensez-y dans vos moments d'épreuve, et, quoi qu'il puisse vous arriver de triste ou même d'affreux, songez à ce que je vous ai promis.

Ariadne ne songeait guère aux tristesses de la vie. Elle courut au piano et l'ouvrit d'un geste rapide.

—Voulez-vous que je vous chante quelque chose? dit-elle à sa bienfaitrice.

C'était tout ce qu'elle avait à lui offrir, et elle le lui offrait de si bonne grâce!

—Non, non, le moment serait mal choisi. Retournez à la classe, mon enfant; à bientôt!

Comme une fille soumise aux ordres de sa mère, Ariadne referma le piano et baisa la main qui la tirait de la misère la plus horrible, en reconnaissance d'un bienfait dont elle ne soupçonnait pas l'étendue, et rejoignit ses compagnes. Rien d'insolite ne se passait au promenoir ni dans les salles d'étude. Le jour s'acheva sans encombre, et les classes se terminèrent dans l'ordre accoutumé.